Avec ses effets visuels, Dexter Studios élargit ses horizons

À Séoul, Dexter Studios, expert en effets visuels, s’impose comme un géant du contenu à tous les niveaux et crée sa première série dramatique en interne.


Dexter Studios a réalisé les effets visuels de la série Netflix Parasyte : The Grey.

Crédit : Netflix.

Un plan extrait de Parasyte : The Grey montre un personnage doté de tentacules extraterrestres et de globes oculaires pédonculés à la place de la tête humaine.

Drew Turney

13 juillet 2026

min de lecture
  • Les exigences imposées aux secteurs connexes, tels que les studios d’effets visuels qui travaillent en coulisses pour produire des films et des séries, évoluent au rythme du secteur des médias et du divertissement.

  • L’entreprise sud-coréenne d’effets visuels Dexter Studios a réorienté ses activités pour offrir un plus large panel de services de production et de postproduction, tout en misant sur des conditions de travail de qualité pour ses artistes.

  • La créativité de Dexter Studios se traduit également par une gestion plus efficace des flux de travail, ainsi que par l’élaboration de plateformes et d’outils sur mesure adaptés à leurs besoins.

  • L’entreprise explore aussi en permanence les meilleures pratiques en matière de 2D, de 2,5D, de 3D, d’effets visuels en caméra, de numérisation et de photogrammétrie 3D, de capture de jeu d’acteur, de vieillissement et de rajeunissement, ainsi que d’autres techniques de production.

Si ces dix dernières années ont été une période difficile pour le secteur des effets visuels (VFX), qui œuvre en coulisses pour offrir des films et des séries télévisées au public tout en surmontant de multiples crises économiques, elles se sont aussi avérées transformatrices. C’est donc bon de savoir qu’un studio d’effets visuels ne se contente pas de survivre, mais qu’il a le vent en poupe. Plongez dans l’univers de Dexter Studios. Malgré des délais de production plus courts et une charge de travail plus élevée à mesure que l’imagerie de synthèse s’impose dans la création d’éléments visuels plus esthétiques, l’innovation constante menée par l’entreprise lui a permis de rester à la pointe du secteur, et de poursuivre son expansion.

Depuis sa création en 2012, Dexter Studios compte désormais huit divisions opérationnelles employant plus de 300 personnes, la dernière en date étant le lancement, en 2021, de son studio de production virtuelle, le studio D1. La directrice de la stratégie de Dexter, Hyejin Kim, affirme que l’entreprise est le seul studio de « création de contenu intégrale » en Corée du Sud, qui regroupe les effets visuels, le processus d’intermédiaire numérique, la production virtuelle, la conception sonore et la production.

Le travail de Dexter a été mis à l’honneur dans le film Parasite, lauréat de la Palme d’or et d’un Oscar. Et lorsqu’elle a fait son entrée à la Bourse coréenne en 2015, c’était la seule société spécialisée dans les effets visuels cotée en bourse, soit un véritable exploit pour toute entreprise du secteur cinématographique en dehors des studios hollywoodiens. En 2024, Dexter Studios a également été nommé Innovateur de l’année dans le secteur des médias et du divertissement lors des Design & Make Awards d’Autodesk. Une première pour une entreprise asiatique.

Une évolution en osmose avec le secteur

Une image composite montre un plan de tournage du gorille de L’incroyable Mr.Go, avec des effets visuels encore inachevés, superposé à un plan de la prise finale du film.
L’avant/après des effets visuels de L’incroyable Mr.Go, le premier long métrage produit par Dexter Studios. Crédit : Dexter Studios.

Dexter Studios s’est fait connaître en travaillant sur un film d’aventure sorti en 2013 intitulé L’incroyable Mr.Go, mettant en scène un gorille jouant au baseball et que la toute nouvelle équipe d’artistes de la société a entièrement conçu et réalisé en interne.

« À l’époque, c’était vraiment difficile, c’était un véritable défi dans le secteur sud-coréen des effets visuels de tout faire nous-mêmes, relate Hyejin Kim, mais la première génération d’artistes coréens spécialisés en effets visuels s’est fixé un objectif commun : y parvenir. Ils ont fait de leur mieux et ils ont réussi. »

Même si les résultats au box-office n’avaient rien d’exceptionnel, ce film a permis à Dexter Studios d’acquérir une certaine notoriété dans le secteur et d’adopter une philosophie inébranlable : ne pas avoir peur de relever de nouveaux défis. Après tout, l’entreprise avait déjà réussi à faire jouer un gorille au baseball.

À la suite de L’incroyable Mr.Go, le film The Pirates, riche en simulations aquatiques réalisées en images de synthèse, a vu le jour. Il a ensuite donné naissance à la saga Along with the Gods, qui a permis à la société d’atteindre de nouveaux sommets tout en explorant des thématiques liées à l’identité nationale. Se déroulant dans plusieurs mondes de l’au-delà, le travail de Dexter sur les effets visuels de la série de films s’est inspiré des croyances asiatiques et bouddhistes sur la vie après la mort.

À mesure que de nouvelles divisions se mettaient en place, ce projet prévoyait la création de sept mondes numériques distincts, permettant ainsi aux artistes de la société de se plonger dans de nouveaux environnements et de se familiariser avec les méthodes nécessaires à leur création.

Depuis, la charge de travail est en constante augmentation, et pour conserver la productivité et la satisfaction des artistes, il a fallu mettre en place une structure de gestion. Dans certains cas, cela impliquait la création d’outils et de plateformes sur mesure, comme VELOZ, le pipeline logiciel propriétaire de Dexter. Grâce à VELOZ et à l’intégration d’Autodesk Maya et d’OpenUSD dans ses processus créatifs, Dexter Studios a réduit de 50 % le temps de prise de vues.

Hyejin Kim avance que l’entreprise explore et développe constamment les meilleures pratiques en matière d’avatars numériques, de numérisation et de photogrammétrie 3D, de capture de jeu d’acteur, et de vieillissement et de rajeunissement. À l’instar des dirigeants d’autres secteurs de la conception et de la fabrication, elle se montre à la fois enthousiaste et prudente vis-à-vis de l’intelligence artificielle (IA).

« Nous ne pensons pas que l’IA puisse nous remplacer, mais elle peut nous aider à optimiser les tâches routinières, explique-t-elle. Par exemple, l’IA est capable de produire de nombreuses illustrations conceptuelles en quelques heures seulement, contrairement à nos artistes qui y consacrent de longues journées de travail. » Au vu de l’augmentation du volume de travail du studio, l’IA a le potentiel de générer des gains d’efficacité qui permettront aux artistes de se consacrer pleinement à leur art et à la production de contenus de grande qualité.

Selon la directrice de la stratégie, Dexter a l’intention de poursuivre ses activités dans cet environnement dédié aux contenus de haute qualité. Ce qui n’est pas sans représenter un risque commercial dans un monde où les modes de consommation de contenu ne cessent d’évoluer et où tous les réalisateurs, scénaristes et producteurs ne parviennent pas toujours à mobiliser les budgets nécessaires à la pérennité d’une société spécialisée dans les effets visuels. « Si toutefois nous parvenons à maintenir un niveau de qualité élevé, notamment grâce à des processus de travail plus efficaces, nous pourrons garder la tête hors de l’eau », affirme-t-elle.

À la croisée de la technologie et de l’art

Le studio de mixage Dolby Atmos de LIVETONE, filiale de Dexter Studios.
Le studio de mixage Dolby Atmos de LIVETONE, filiale de Dexter Studios. Crédit : Dexter Studios.

Un autre élément clé de la stratégie de développement de Dexter Studios réside dans l’importance accordée à la recherche et au développement. Si Dexter rencontre autant de succès, c’est parce qu’elle est hautement à l’écoute des personnes les plus importantes, et d’après Hyejin Kim, que l’entreprise mène ses recherches en fonction des besoins des artistes.

Une grande partie de ce travail consiste à organiser l’infrastructure en arrière-plan afin d’offrir aux artistes l’espace et la liberté nécessaires pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Les artistes travaillant sous Maya pour créer des animations et des effets, Dexter Studios a décidé d’intégrer OpenUSD afin de rationaliser la gestion des fichiers et le partage des données entre les équipes. L’entreprise a ensuite créé VELOZ, son propre outil d’automatisation sur mesure destiné à la gestion de la filière de production.

Ce système de gestion s’est avéré capital lors des premières phases de développement de l’entreprise, lorsque des projets à gros budget ont commencé à affluer, non seulement de Corée du Sud, mais aussi de toute la région Asie-Pacifique. Selon Hyejin Kim, cela a contraint Dexter Studios à développer son propre savoir-faire en matière de gestion de projet dans un contexte de croissance rapide. À cet effet, l’entreprise emploie de nombreuses équipes, composées de personnes qui gèrent les besoins des projets et non d’artistes qui réalisent les effets visuels, qui veillent au respect des calendriers et à la communication avec les clients.

« Pour nous, ces équipes sont essentielles, avance-t-elle, car elles peuvent influencer notre budget et notre gestion du temps, et ce cadre de travail est primordial pour les artistes. »

Dans un secteur réputé pour ses exigences élevées envers les jeunes artistes ambitieux, l’entreprise mise fortement sur des initiatives centrées sur l’humain. « Nous avons 330 artistes, et il est important de favoriser un environnement de travail agréable et positif, précise Hyejin Kim. Ils bénéficient de tous les avantages habituels, comme des jeux vidéo dans la salle de pause, mais chez Dexter, cela va bien plus loin. Le développement de l’esprit d’équipe est primordial dans le domaine des effets visuels, notre activité principale, car la collaboration d’équipe est une condition sine qua non. Le travail individuel n’existe pas. »

L’industrie hollywoodienne, ainsi que les entreprises qui opèrent sous son égide dans des villes aussi éloignées que Montréal, Londres et Mumbai, est connue pour ses tarifs forfaitaires et ses délais infernaux, qui se traduisent par des horaires exténuants et un épuisement professionnel. Toutefois, grâce à des dispositifs tels que les jours de récupération, Dexter Studios respecte la législation sud-coréenne du travail, qui limite la durée de travail hebdomadaire à 52 heures. De plus, comme les artistes cherchent à optimiser leur productivité dans le temps imparti, l’entreprise s’efforce de maintenir un environnement de travail durable et épanouissant en garantissant un équilibre entre vie professionnelle et vie privée grâce à des temps de repos suffisants.

Le studio indépendant qui a de l’avenir

Dans l’un des studios de Dexter Studios, des écrans LCD panoramiques diffusent des images urbaines.
Dexter Studios a lancé son premier studio de production virtuelle, « D1 », en 2021. Crédit : Dexter Studios.

La manière de visionner du contenu ainsi que le type de contenu préféré de la société ont fortement évolué. « Beaucoup de jeunes ne peuvent pas regarder des films de deux heures au cinéma, explique Hyejin Kim. Leur capacité de concentration est tellement réduite qu’ils sont habitués aux vidéos courtes. Je vois beaucoup de gens qui ne parviennent pas à rester concentrés plus de 30 minutes sur un contenu. »

Plutôt que de prédire la fin de son métier, la directrice de la stratégie affirme que le contenu se présentera désormais sous deux formes différentes, correspondant à deux marchés très distincts. Dexter Studios entend se positionner sur le segment haut de gamme, ce qui se confirme au fur et à mesure que l’entreprise poursuit sa croissance.

En 2021, en plus de l’ouverture d’un nouveau studio doté d’équipements de pointe en vue de développer ses services de son et d’intermédiaire numérique, l’entreprise a lancé une nouvelle division dédiée à la production virtuelle. Par le biais de sa filiale Dexter Pictures, elle planifie et développe désormais ses propres propriétés intellectuelles. Actuellement, Dexter travaille sur 21 projets, dont une série dramatique qui sera diffusée sur la chaîne sud-coréenne TVN et qui est en cours de production.

Dexter se penche également sur un projet d’art des nouveaux médias, sa première initiative destinée au grand public, et prévoit de se forger une image de marque unique sur le marché en essor de l’art numérique. Située dans la ville historique sud-coréenne de Gyeongju, Flashback Ground : Gyerim est une exposition d’art médiatique immersive inspirée du folklore traditionnel de l’ancien royaume de Silla et mettant en valeur l’expertise de Dexter en matière de narration et de production de contenu. L’exposition s’imposera comme un nouvel emblème incontournable de la ville, en amont du sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique.

Une autre filiale, Dexter Krema, est spécialisée dans le marketing des nouveaux médias numériques, créant ainsi des opportunités de synergies au sein des domaines d’activité de Dexter Studios. Fort de son expertise en matière de production virtuelle, d’effets visuels, de son et d’intermédiaire numérique, Dexter crée des contenus publicitaires adaptés aux vastes besoins de ses clients, notamment des publicités traditionnelles, des publicités numériques, de la publicité extérieure, et des campagnes FOOH (Fake Out of Home). Cette approche intégrée permet à Dexter Studios et à ses filiales de collaborer plus étroitement sur divers projets destinés à différents clients et publics, favorisant ainsi des compétences d’apprentissage orientées sur le partage et l’enrichissement des connaissances au sein de l’ensemble du groupe.

En fin de compte, les principes fondamentaux des effets visuels occupent toujours le devant de la scène, et Hyejin Kim en est pleinement consciente : souvent, le public passe complètement à côté des meilleures réalisations de Dexter. « Les effets visuels invisibles sont généralement les meilleurs, explique-t-elle. Prenez par exemple Parasite de Bong Joon-ho ou Parasyte : The Grey, la série originale de Netflix. Les spectateurs sont tellement absorbés par l’histoire qu’ils ne pensent même pas aux images de synthèse ou aux effets visuels en arrière-plan. Ils sont simplement captivés par le récit. En réalité, l’imagerie de synthèse est omniprésente, et pour nous, c’est un véritable symbole de réussite. »

Drew Turney

À propos de Drew Turney

Drew Turney a toujours voulu changer le monde, mais en grandissant, il s’est aperçu que pour lui, la meilleure façon d’y arriver était de raconter ce que font les autres. Il écrit sur des sujets variés : la technologie, le cinéma, les sciences, la littérature, etc.

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