À Oslo, le nouveau quartier officiel voit le jour grâce à la collaboration structurée

Modèle de collaboration structurée, le projet du Regjeringskvartalet d’Oslo tire son épingle du jeu avec une architecture innovante.


À Oslo, le nouveau quartier général du gouvernement norvégien, le Regjeringskvartalet, concilie importance historique et modernité.

Crédit : Nordic Office of Architecture.

Sur une image de synthèse, une vue aérienne montre un quartier urbain composé de bâtiments modernes, entourés d'espaces verts et de vastes zones piétonnes.

Mark de Wolf

27 juillet 2026

min de lecture
  • Le nouveau quartier officiel d’Oslo, le Regjeringskvartalet, constituera un exemple emblématique de collaboration structurée et de durabilité dans l’environnement bâti.

  • Plus de 150 architectes et ingénieurs participent au projet, cantonnés à l’isolement et soumis à des règles strictes de sécurité nationale en matière de partage des données. Ce travail hors ligne a posé d’importants défis de coordination.

  • Pour gérer cette complexité, les experts en modélisation numérique (BIM) du projet ont créé une extension personnalisée pour Autodesk Revit ainsi que des scripts sur mesure afin d’automatiser des milliers de tâches manuelles, garantissant ainsi l’uniformité des maquettes et l’économie de 10 000 heures de travail.

À Oslo, les attentats terroristes de juillet 2011 ont fait 77 victimes et 200 blessés et rendu plusieurs édifices gouvernementaux inutilisables. Plus de 1 800 fonctionnaires, dont le Premier ministre, se sont alors retrouvés sans lieu de travail. Il a fallu trouver des locaux sécurisés dans toute la ville pour six ministères, ce qui a perturbé les activités et bouleversé des processus de travail bien établis.

Dans la foulée, les urbanistes de Statsbygg, la Direction norvégienne des constructions publiques et de l’immobilier, ont envisagé une solution audacieuse : construire un nouveau quartier officiel qui renforcerait le statut symbolique et historique du site existant tout en incarnant une orientation positive pour l’avenir.

Liberté, partage, collaboration et architecture durable à échelle humaine : le projet affirmerait les valeurs norvégiennes. Toutefois, les réglementations étatiques en matière de protection des données et de sécurité nationale imposaient une approche résolument fermée pour la gestion de la conception et de la construction. Les systèmes informatiques devaient être hors ligne, les plateformes cloud interdites, et les équipes divisées en groupes de travail selon une répartition des tâches clairement définie. Le partage d’informations s’effectuait selon le principe du « besoin d’en connaître », et le travail en silos est devenu la norme.

Par conséquent, la réussite du projet était tributaire de l’innovation, de la ténacité, de la collaboration structurée et de la volonté de repenser les systèmes et les processus dans la poursuite d’un objectif commun.

Synergie et connexion

Un bâtiment triangulaire aux façades vitrées se dresse au milieu d’espaces verts aménagés où les usagers viennent se détendre en plein air.
Des espaces verts ouverts rendent le site accessible au public de tous côtés. Crédit : Nordic Office of Architecture.

Le nouveau quartier Regjeringskvartalet (RKV) s’agrandit pour accueillir sept bâtiments reliés entre eux par des espaces publics interconnectés. Cinq nouveaux bâtiments seront accolés à deux bâtiments classés qui seront rénovés.

En regroupant tous les ministères au sein d’un pôle gouvernemental unique, les concepteurs du projet visent à instaurer une flexibilité organisationnelle propice aux évolutions futures, tout en simplifiant les interactions physiques entre les personnes et les services.

Compte tenu des événements à l’origine du projet et des institutions que ces bâtiments représentent, les enjeux sociétaux ont reçu une attention particulière. Dans quelle mesure l’identité et les valeurs norvégiennes devraient-elles se refléter dans l’architecture ? En effet, Oslo est l’une des capitales européennes qui connaît la plus forte croissance et traverse actuellement des changements importants, parfois controversés, de son environnement construit. Comment les citoyens réagiraient-ils à des changements encore plus radicaux ?

Le respect de la continuité historique s’est donc avéré un principe fondamental, notamment avec les bâtiments G-blokken (1906) et Høyblokken (1958), endommagés lors des attentats de 2011 et désormais inscrits dans la mémoire collective. Ils sont considérés comme des témoignages importants de leur époque, dignes d’être préservés.

Tous deux sont en cours de modernisation et d’intégration au reste du site, d’une superficie de 125 000 m2. Le résultat final se présentera sous la forme d’une ceinture de bâtiments officiels interconnectés qui, tout en étant plus hauts que le centre historique, arboreront des façades en gradins et des niveaux en terrasse afin de s’harmoniser avec l’échelle urbaine existante au niveau de la rue. Le projet rétablit les voies piétonnes historiques et crée de nouvelles liaisons, intégrant ainsi le quartier gouvernemental au tissu urbain environnant d’Oslo grâce à des passages et des espaces publics soigneusement pensés. Des espaces verts ouverts rendent le site accessible au public de tous côtés, tandis qu’une série de passerelles au premier étage de chaque bâtiment crée un environnement de travail continu et interconnecté.

Les enjeux de la gestion de projet

Si l’objectif était de créer des espaces ouverts et horizontaux favorisant la collaboration, le consortium de 12 entreprises chargé de concrétiser le projet a néanmoins dû se plier à des pratiques de gestion soumises à des protocoles de sécurité de l'État stricts.

En effet, la législation norvégienne en matière de sécurité interdit le recours aux services cloud et au stockage en ligne pour des projets de construction confidentiels comme celui-ci. L’accès aux systèmes a donc dû être strictement contrôlé. « Toutes les données des maquettes, des plans, etc., devaient donc rester hors ligne, explique Morten Ræder, architecte principal chez Nordic Office of Architecture et coordinateur BIM interdisciplinaire du projet. Les équipes de conception ont dû être cloisonnées et les informations partagées uniquement en fonction du besoin d’en connaître. L’objectif était de minimiser les risques, un enjeu qui revêt évidemment une importance croissante compte tenu du contexte politique international actuel. »

Afin de garantir la rationalisation des flux de travail et de permettre à tous les intervenants de s’appuyer sur une source de données unique et fiable, la stratégie numérique de Statsbygg imposait la maquette au centre des processus de conception. Tandis que plus de 150 architectes et ingénieurs répartis entre 12 partenaires et plusieurs sous-traitants œuvraient sur plus de 100 maquettes de conception, le travail hors ligne risquait de mettre en péril l’efficacité et le respect du calendrier.

La collaboration hors ligne

Un bâtiment historique en pierre est en cours de restauration, tandis que des grues de chantier et des ouvriers en tenue haute visibilité s’activent à proximité.
La continuité historique est l’un des principaux objectifs du projet. Crédit : Nordic Office of Architecture.

Inévitablement, le travail hors ligne nécessite davantage de contacts en présentiel et s’accompagne d’une certaine complexité technique. Pour réduire au minimum les réunions tout en maximisant leur efficacité, l’automatisation des processus était de mise, et les outils standards ne suffisaient pas.

« Notre équipe a dû innover au-delà des offres standards du marché, relate Morten Ræder. Autodesk Forge et BIM360 | Autodesk Construction Cloud n’étaient pas des options envisageables, toutefois, l’API ouverte et bien documentée de Revit a permis de développer des scripts d’automatisation essentiels ainsi que des extensions évolutives. Résultat : plus de qualité, plus de productivité, des maquettes uniformes entre les équipes, et beaucoup moins de supervision manuelle. »

Concrètement, les scripts d’automatisation personnalisables de Revit ont permis à l’équipe de Morten Ræder de simplifier les tâches fastidieuses, telles que l’annotation des objets de données avec les différentes propriétés du projet. Une extension a été créée pour mettre à jour automatiquement des centaines de milliers d’objets spécifiques à un métier, sans intervention humaine. Enfin, la réussite du projet a été grandement facilitée par la présence, au sein de l’équipe de conception, de développeurs issus des secteurs de l’architecture et de l’ingénierie, qui ont travaillé main dans la main avec les utilisateurs finaux et le service informatique du client.

La transformation du processus d’annotation, passant d’une corvée à une opération automatisée, a ainsi réduit le besoin de travail manuel et amélioré la précision des données. Par conséquent, les architectes et ingénieurs ont eu davantage de temps à consacrer aux aspects créatifs et intellectuellement stimulants du projet.

Néanmoins, lorsqu’un grand nombre de personnes travaille sur autant de maquettes, des irrégularités surgissent. Les équipes de conception autonomes travaillant toutes à partir des mêmes gabarits Revit, un fichier de données de référence complet a été créé, afin de garantir la standardisation des paramètres pour plus d’une centaine de maquettes.

L’extension Revit et les scripts spécifiques ont mené à bien cette tâche en se référant aux règles des données de référence pour assurer l’uniformité, puis en garantissant la mise à jour de toute modification apportée à une maquette de manière transparente et bidirectionnelle dans toutes les maquettes référencées.

« Cela a vraiment simplifié et accéléré le contrôle qualité, ajoute Morten Ræder. Au lieu d’annoter des milliers d’objets un à un, on mettait à jour quelques objets de masse, et l’ensemble des maquettes était automatiquement synchronisé. »

Uniformité et qualité

Si en éliminant les tâches manuelles répétitives, l’architecte principal du projet a pu maintenir une équipe BIM (modélisation numérique des données du bâtiment) restreinte, la diminution des effectifs et la réduction considérable du traitement manuel des données ont permis de gagner plus de 10 000 heures et d’économiser 3,5 millions d’euros sur les coûts du projet.

Par ailleurs, l’extension personnalisée et les scripts d’automatisation aident également à atteindre les objectifs de développement durable BREEAM du client. Dès la phase de conception, des résultats significatifs en matière de durabilité ont été obtenus. Pour y parvenir, une prévision précise du produit final va de pair avec des données de conception et d’ingénierie fiables. Voici quelques points clés :

  • La consommation énergétique prévue a été ramenée à 52 kilowattheures par mètre carré et par an.

  • L’empreinte carbone du site sur l’ensemble de son cycle de vie a été réduite de 34 %.

  • Le ruissellement des eaux prévu a été réduit de 95 % par rapport au site existant.

« Travailler dans un environnement hors ligne a été plus contraignant que nous ne l’avions imaginé au départ, mais dans l’ensemble, les surprises ont été positives, relate Morten Ræder. J’ai été vraiment impressionné par la qualité de la collaboration entre tous, pas seulement au sein de l’équipe de conception, mais aussi avec le service informatique du client et avec les coordinateurs BIM des sous-traitants. Tout le monde s’est surpassé pour assurer le bon fonctionnement du projet et a poursuivi les efforts sur le terrain. Assister à un tel niveau de collaboration et d’innovation a été une véritable source d’inspiration. »

Mark de Wolf

À propos de Mark de Wolf

Mark de Wolf est journaliste et rédacteur indépendant récompensé. Il est spécialiste des nouvelles technologies. Né à Toronto au Canada, Mark est actuellement basé à Zurich en Suisse, après avoir vécu à Londres. Contactez-le sur markdewolf.com.

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