Durant sa transition vers une conception et une construction plus circulaires, Conconcreto s’appuie davantage sur les technologies numériques pour réaliser ses ambitions, notamment les logiciels d’Autodesk comme Construction Cloud , BIM Collaborate Pro, Civil 3D, Navisworks, et Revit, qui ont tous joué un rôle essentiel dans les projets comme Nueva Calle 13.
La modélisation numérique (BIM) a été particulièrement essentielle selon Tomás Trujillo. Dans un environnement urbain dense comme celui de Bogotá, la construction de routes et de ponts implique de naviguer à travers une multitude de services d’équipement essentiels à la population, notamment les égouts, les conduites d’eau, les lignes électriques et les réseaux de communication. En visualisant les projets avant même de commencer à creuser et en partageant les plans en toute facilité avec les parties prenantes qui risquent d’être affectées, le BIM permet aux ingénieurs et aux constructeurs d’éviter les accrocs qui peuvent entraîner des retards, des coûts supplémentaires et des déchets non nécessaires aux projets.
« Les projets conçus et exécutés avec la méthodologie BIM ont beaucoup moins de retard que ceux sans BIM », affirme Tomás Trujillo, qui cite des données de l’IDU montrant que 1 à 5 % seulement des projets menés avec le BIM ont des retards, comparés à pratiquement 25 % des projets sans BIM. « Cela fait une différence de taille. »
Non seulement le BIM améliore l’efficience des projets, mais il les rend plus transparents, ce qui est particulièrement important pour les projets publics qui reçoivent des fonds provenant des contribuables. « En Colombie, ces projets font l’objet d’une surveillance constante par les organismes de contrôle et par le grand public, précise Tomás Trujillo. Le BIM est un excellent moyen de mettre les projets plus clairs pour toutes les parties prenantes. Où se situe le projet ? Où l’argent va-t-il ? Comment le maître d’œuvre s’en sort-il ? Le BIM nous sert à communiquer ce qu’il se passe sur le projet. Cela permettra d’impliquer plus de personnes dans le projet, ce qui se traduira par une plus grande transparence. »
Selon l’IDU, l’adoption du BIM a été très forte, puisque 92 % des nouveaux projets d’infrastructures de Bogotá ont optimisé leurs processus et leur rendement grâce à la modélisation numérique. Cela dit, le soutien des entreprises partenaires dans leur parcours de transformation numérique comporte des défis. « Comprendre que le BIM va au-delà d’un logiciel ou d’une base de données a été essentiel au sein de l’institution et en dehors, explique le directeur du développement urbain de l’IDU, José Javier Suárez. La résistance au changement demande aussi de comprendre les difficultés des méthodes traditionnelles de gestion des projets. C’est pour cela que l’IDU se penche actuellement sur la mise en place de modules de formation sur l’application du BIM et sur la création d’outils qui permettent sa gestion. »
Du point de vue de la durabilité, le principal atout du BIM réside dans les données. « La première étape de la durabilité et de la circularité consiste à mesurer, parce que c’est le seul moyen de savoir si l’on s’améliore, précise Tomás Trujillo. Il ajoute que Conconcreto peut regrouper les données BIM des projets passés afin d’établir une référence contre laquelle mesurer les économies de béton, d’acier et d’autres matériaux. Sans le BIM, c’est pratiquement impossible de mesurer son avancement et ses résultats. »
Selon lui, la modélisation numérique peut même avoir un plus gros impact à grande échelle. Il note que jusqu’à 80 % des données générées par le secteur du BTP sont inutilisées. « En examinant les secteurs du commerce, des finances, et de la santé, on constate qu’ils exploitent de plus en plus de données et effectuent de plus en plus d’analyses. Nous sommes encore loin de ça, poursuit le directeur de l’intégration BIM. Notre secteur ne dispose pas encore de données structurées en quantité suffisante que nous pouvons analyser pour prendre de meilleures décisions. »